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KZ6 : Auto journal de 1931
Le rapport sur la Renault Primaquatre KZ6 à sa sortie
Le 29 août 2007


C’est avec un grand bonheur que j’ai trouvé un banc d’essai de ma Renault Primaquatre KZ6 dans une vieille revue automobile datée de janvier 1931. Un petit coup d’OCR et je vous livre l’article tel qu’il a été écrit à l’époque par l’ingénieur Henri PETIT....


LA VIE AUTOMOBILE : Essai d’une voiture RENAULT "Primaquatre

Nous sommes heureux de donner à nos lecteurs la primeur de l’essai d’une nouvelle voiture Renault : la Primaquatre, tel est son nom, vient de sortir des usines de Billancourt, il y a seulement quelques jours. Le secret de sa construction avait été bien gardé, puisque, même dans les milieux généralement renseignés, on n’en avait pas parlé.
Avant le compte rendu de l’essai, il convient de dire ce qu’est cette voiture.

En somme, c’est un châssis de même empattement et de même voie que celui de la Monasix, équipé avec le moteur quatre cylindres 10 CV universellement connu. Celui-ci n’a subi que les petites modifications indispensables pour lui permettre de s’adapter sur un châssis de dimensions plus réduites.

La disposition adoptée pour la Primaquatre est la même que pour la 11 CV, à savoir bloc moteur, embrayage, boite de vitesses, ventilateur à l’avant commandé par courroie. Par ailleurs, aucune différence importante.

Voici maintenant le rapport qui a été établi à la suite de la demande de la Société des Automobiles Renault.

RAPPORT A LA SOCIÉTÉ
ANONYME DES USINES
RENAULT A BILLANCOURT

Nous soussigné, Henri Petit, ingénieur, ancien élève de l’École polytechnique, demeurant 15, avenue Potin, à Sèvres (Seine-et-Oise),

Avons été requis par la Société des Automobiles Renault, d’effectuer et de contrôler les essais sur route d’une voiture Renault. dite Primaquatre.

Cette voiture, était carrossée en conduite intérieure à quatre places.
La mission dont nous avait chargé la Société des Automobiles Renault consistait à effectuer avec cette voiture le trajet Billancourt-Bordeaux par la route nationale n° 10 dans un sens, à une vitesse aussi élevée que possible, et dans l’autre sens, à une vitesse correspondant à l’utilisation de la voiture dans les conditions de tourisme ; à relever des vitesses moyennes de marche, la consommation d’essence, d’huile et. d’eau a déterminer la vitesse maximum dont la voiture était capable ; à établir les courbes de démarrage et de freinage

A cet effet, nous nous sommes rendu aux usines Renault le mercredi 17 décembre. Le plein des réservoirs de la voiture a été effectué en notre présence.

La voiture a été conduite par moi-même. J’étais accompagné par M. de Castelet, ingénieur aux usines Renault.
La voiture était chargée en outre de gueuses de fonte représentant le poids de deux voyageurs supplémentaires. Elle contenait les menus bagages, l’outillage et les instruments nécessaires aux mesures. Derrière la voiture était arrimée une roue de rechange.

La charge de la voiture correspondait donc à la charge normale dans les conditions ordinaires de route.

Les caractéristiques mécaniques de la voiture sont celles qui figurent au catalogue de la Société des Automobiles Renault.

La voiture était équipée avec un carburateur Zénith type U.

Le départ. a été effectué à 6 h. 55.

Pour plus de commodité, les temps qui figurent sur les tableaux ci-annexés ont été pris à partir de l’heure de départ cotée zéro.

Sur ces tableaux les arrêts ont été déduits.

A l’aller, les seuls arrêts ont été les suivants :
Un arrêt de sept minutes à Tours pour ravitaillement en essence ;
Un arrêt de huit minutes à Tour- sept heures vingt-huit minutes.
Un arrêt de cinq minutes devant le passage à niveau fermé de La Graves d’Ambares.

Pendant aucun des arrêts, on n’a eu à s’occuper de la voiture, sauf pour son ravitaillement.
Le jour du voyage Paris-Bordeaux, les routes étaient sèches entre Paris et Châtellerault ; routes mouillées de Chatellerault à Bordeaux. Pluie depuis Angoulème.
Très léger vent de Nord Ouest.

Le temps total de marche a été de sept heures vingt-huit minutes.

La distance totale qui sépare les usines Renault de la place du théâtre de bordeaux, ou a été fait le chronométrage, a été évalué, d’après la carte routière à 550 kilomètres.

Itinéraire à l’aller : Sèvre Versailles. Rambouillet, Ablis, Chartres, puis nationale 10 jusqu’à Bordeaux.

La vitesse moyenne réalisée au cours de cette étape a été de 73km,656 à l’heure.

A l’arrivée, il a été procédé à l’opération du remplissage du réservoir jusqu’au niveau de la partie inférieure du goulot. La consommation totale d’essence relevée a été de 66 litres 200, ce qui correspond à 12 litres,036 aux 100 kilomètres.

La consommation d’huile, estimée à la jauge, a été d’environ 1 litre et demi (Voir plus loin pour la consommation exacte d’huile). Le bouchon du radiateur n’a pas été enlevé à Bordeaux.

Le jeudi 18 décembre, le départ a été pris à Bordeaux à 6 h. 55. Beau temps, routes sèches, vent nul jusqu’à Châteaurenault. Entre Châteaurenault et Boulogne, nous avons rencontré un brouillard intense et froid qui gelait sur la glace du pare-brise. La vitesse de marche a été très sensiblement retardée par ce brouillard assez opaque par instants pour nécessiter un ralentissement à moins de 30 à l’heure.

La marche était rendue très difficile par la présence d’une couche de glace demi-opaque sur le pare-brise.

Au retour, les arrêts ont été les suivants :

A Port-de-Piles (ravitaillement partiel d’essence), douze minutes ;
A Montbazon, ravitaillement complet en essence et déjeuner, une heure vingt-cinq.
Puis un certain nombre d’arrêts dont la durée totale s’est élevée à dix-sept minutes, arrêts nécessités par le nettoyage du pare-brise.
On a marché au retour jusqu’à épuisement complet de l’approvisionnement d’essence du réservoir, soit 30 litres, à une vitesse moyenne de 62 kilomètres à l’heure.
La panne d’essence a eu lieu à Portde-Piles.
La consommation ressort sur cette section de route à 101,500 aux 100 kilomètres.
Entre Port-de-Piles et Billancourt, la vitesse moyenne a été réduite à cause du brouillard, ainsi qu’il a été expliqué plus haut.
La durée totale de marche de Bordeaux à Billancourt a été de dix heures quinze minutes, ce qui correspond à une vitesse moyenne de 53km,658 à l’heure.
La consommation d’essence sur tout le parcours a été de 101,318 aux 100 kilomètres.
A l’arrivée aux usines Renault, il a été procédé à l’établissement du niveau de l’huile dans le carter, la voiture ayant été placée sur un sol horizontal. La consommation totale d’huile sur les 1.100 kilomètres du parcours aller et retour a été de 2 litres, soit 01,181 aux100 kilomètres.

Il manquait dans le radiateur 2 litres,800 d’eau ; cette quantité d’eau ayant vraisemblablement été expulsée par le trop-plein, par les secousses de la voiture ou les coups de frein.
Itinéraire du retour : Nationale n°10 jusqu’à Chartres, puis Ablis, SaintArnould, Rochefort-en-Yveline, Gometz, Orsay, Bièvres, Boulogne.

Appréciation de la souplesse. — Le parcours total à l’aller a été effectué entièrement en prise directe. Toutes les côtes ont été montées sans difficulté. On a observé par endroits un certain cliquettement du moteur que la manoeuvre du correcteur d’avance a généralement suffi à faire disparaître.

Le parcours de retour a été effectué lui aussi entièrement en prise directe ; à une exception près, il a été fait usage de la deuxième vitesse sur une distance d’environ 40 mètres, à la reprise du virage de Bièvres.

Vitesse maximum, accélération, freinage, ralenti. — La vitesse maximum obtenue par la voiture sur un kilomètre correspond au temps de 36 secondes 8/10 et 37 secondes 4/10 ; soit 97 kilomètres à l’heure.

La courbe d’accélération a été relevée en ne faisant usage que de la prise directe ; départ arrêté, démarrage en prise directe, en faisant patiner l’embrayage sur les premiers mètres.

Cette courbe a été établie en relevant la vitesse atteinte par la voiture tous les 100 mètres.

Ces vitesses sont celles qui figurent sur le tableau ci-annexé.

La courbe est également jointe au présent rapport.

Observations. — La marche de la voiture a été parfaitement normale et n’a subi aucun trouble pas plus au retour qu’à l’aller.

Le moteur ronfle assez fortement à partir de 80 kilomètres à l’heure.

Il cliquette assez volontiers à la reprise, si on n’a pas soin de ramener à ce moment la manette d’allumage vers le retard.

Carrosserie. — Les sièges sont confortables et la place offerte aux passagers est suffisante.

Suspension. — La suspension est bonne ; la voiture aurait plutôt tendance à galoper légèrement lorsque les amortisseurs sont insuffisamment serrés. Les amortisseurs étant serrés davantage, la suspension est un peu sèche jusqu’à 50 kilomètres à l’heure environ.

Tenue de route. — La tenue de route, amortisseurs serrés, est parfaitement correcte et permet des manoeuvres très commodes, même aux grandes vitesses.

Direction. — La direction est bonne.

Freins. — Les freins sont efficaces, ainsi qu’en témoigne l’accélération de freinage relevée au cours des essais. Toutefois, il faut exercer un effort important sur la pédale pour freiner. Par ailleurs, la timonerie des freins paraît ne présenter aucune flexion.

Consommation. — La consommation à l’aller (12 litres pour une vitesse moyenne de près de 73 km. 600) est particulièrement réduite. Quant à la consommation au retour, elle a été vraisemblablement plus grande que celle qu’on pourrait obtenir à la même vitesse moyenne, mais en marchant régulièrement.

L’obligation où nous nous sommes trouvé de parcourir environ 150 kilomètres, dans des conditions de visibilité très défectueuses, a eu pour conséquence une allure saccadée et irrégulière comportant de nombreux coups de frein, suivis d’accélérations, conditions évidemment défavorables au point de vue consommation.

Nous estimons que la consommation relevée représente un maximum par rapport à des conditions normales d’emploi.

Conclusion de l’essai effectué avec la voiture Primaquatre, il résulte que cette voiture présente de remarquables possibilités de marche à vitesse élevée avec une consommation très réduite.

CONCLUSIONS

Ce qui m’a frappé en conduisant la Primaquatre, c’est l’agrément que présente cette voiture en raison de l’excédent de puissance de son moteur aux régimes normaux d’utilisation.

A l’aller, j’ai voulu voir ce que réellement on pouvait faire avec la voiture, j’etai poussé un peu. J’ai même poussé beaucoup, tout au moins tout le temps où j’ai trouvé des routes sèches et convenables.

Vers la fin, j’ai été un peu gêné par la pluie, et je crois que, dans des conditions plus favorables, on aurait peut-être pu arrondir la moyenne jusqu’à 75.

Malgré cela, la consommation d’essence est de 12 litres aux 100 kilomètres !

Ne voilà-t-il pas une réponse assez élégante aux critiques formulées depuis si longtemps contre les constructeurs français qui, disait-on, étaient incapables de construire une voiture à quatre places économique et aussi rapide que... Vous savez tous le nom de la voiture que j’ai au bout de la plume. Eh bien Renault a répondu au défi ; et sa réponse : c’est la Primaquatre.

Pour le retour, la vitesse moyenne de 62 kilomètres à l’heure, réalisée entre Bordeaux et Montbazon, soit sur 300 kilomètres environ, a été obtenue très aisément sans dépasser jamais la vitesse instantanée de 75.

Puisqu’il s’agit ici d’une présentation, il est permis de faire des pronostics : le mien est le suivant ; je crois que la Primaquatre va connaître commercialement un succès très considérable.

Henri Petit
la vie de l’automobile : 10 janvier 1931


Article publié par : jmchoisy
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1 Message
  • KZ6 : Auto journal de 1931

    27 septembre 2007 21:02, par croquelois

    Tu es vraiment sur tous les fronts !
    Sympa l’article, 7h et quelques pour 550 km, on fait mieux maintenant, mais avec l’autoroute.........donc, à l’époque, c’était pas mal. C’est vrai aussi qu’il y avait moins d’occasions de s’arrêter, et ce n’était pas le but du jeu !

    bises - a plus- une lectrice fidèle.
    MONIQUE de CAUDERAN

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